Kinshasa, 23 mars 2026 — Après la démission de Vital Kamerhe et de Bahati Lukwebo, Denis Mukwege, prix Nobel de la paix, s’inquiète de la manière dont le pouvoir en place traite les élus qui osent exprimer leur désaccord. Dans un communiqué publié ce lundi 23 mars, il dénonce ce qu’il considère comme une sanction politique déguisée, exercée contre les deux responsables après leur opposition au projet de révision de la Constitution.
Le message de Mukwege souligne que, dans une démocratie normale, les élus représentent la volonté du peuple souverain et doivent pouvoir contrôler l’action présidentielle. Or, au Congo, estime-t-il, « c’est le président qui sanctionne les députés qui osent exprimer leur désaccord », via ses courtisans au Parlement.
Selon lui, demander aux élus de quémander la grâce présidentielle et de clamer leur loyauté revient à les humilier publiquement et à amoindrir la valeur de leur opposition.
Le prix Nobel de la paix insiste sur la notion de dignité et de responsabilité. Il rappelle un adage ancestral, dans sa langue natale et en kiyombe : « O’Mushi ayuma c’arhabola » / « Mutu uyuma kabolanga ko », qui signifie : « Un bon citoyen peut mourir, mais il ne pourrit pas ». Même menacés politiquement ou physiquement, les parlementaires doivent rester dignes et défendre les intérêts du peuple qui les a élus.
Le docteur de l’hôpital de Panzi déplore que la plupart des élus restent soumis aux intérêts personnels et aux courtisans du pouvoir, plutôt que de défendre l’intérêt supérieur de la nation. Il exhorte le président de la République à ne pas suivre les tambourinaires, car ceux qui se préoccupent uniquement de leurs intérêts personnels pourraient trahir l’autorité qu’ils soutiennent aujourd’hui.
Enfin, le Dr. Denis Mukwege appelle la classe politique et la jeunesse à lever fièrement la tête et à ne pas courber la liberté au prix de leur dignité. « En osant vous opposer au projet de changement de la Constitution alors que notre pays est en guerre, vous avez eu le courage de dire la vérité, signe de noblesse pour un représentant du souverain primaire », écrit-il. Selon lui, les élus devraient rester fermement debout, même face à la pression, pour transmettre aux générations futures un exemple d’honneur et de responsabilité.





