La violence sexuelle contre les enfants continue de prendre une ampleur alarmante en République démocratique du Congo. Selon un rapport publié par l’Unicef, plus de 35 000 enfants ont été victimes de viols et d’agressions sexuelles au cours des neuf premiers mois de l’année 2025. Un chiffre inquiétant, qui ne reflète qu’une partie de la réalité, de nombreux cas n’étant jamais signalés.
Si les provinces de l’Est du pays — Nord-Kivu, Sud-Kivu et Ituri — concentrent le plus grand nombre de cas en raison de l’insécurité persistante et des conflits armés, le phénomène est loin de se limiter à ces zones. Kinshasa et le Kasaï enregistrent également des signalements préoccupants, alimentés par la pauvreté, l’insécurité alimentaire et la déscolarisation.
Les filles adolescentes constituent la majorité des victimes. Les enfants vivant avec un handicap figurent parmi les plus exposés, en raison des barrières sociales, physiques et de communication qui limitent leur accès à la protection, aux soins et à la justice.
Au-delà des chiffres, les conséquences sont dramatiques. Blessures graves, grossesses non désirées, infections sexuellement transmissibles, dont le VIH, et traumatismes psychologiques profonds marquent durablement les survivant(e)s. La peur de la stigmatisation et des représailles pousse de nombreuses familles à se taire, enfermant les victimes dans un silence douloureux.
Sur le terrain, l’Unicef, en collaboration avec le gouvernement congolais et ses partenaires, apporte une assistance médicale, un soutien psychosocial et met en place des espaces sûrs pour les enfants rescapés. Entre 2022 et 2024, le nombre d’enfants pris en charge a augmenté de 143 %, atteignant plus de 24 000 enfants dans les zones les plus touchées.
Mais ces efforts sont aujourd’hui fragilisés. La baisse des financements humanitaires et l’insécurité persistante ont contraint plusieurs centres de soins et programmes communautaires à réduire leurs activités, voire à fermer. À la mi-2025, les interventions contre les violences basées sur le genre n’étaient financées qu’à 23 %, contre 48 % trois ans plus tôt. Des centaines de milliers d’enfants, notamment dans l’Est du pays, risquent ainsi de perdre tout accès à une aide vitale.
Face à l’urgence, l’Unicef appelle les autorités congolaises, les parties au conflit, la société civile et la communauté internationale à renforcer la prévention, garantir la prise en charge des victimes, lutter contre l’impunité et investir durablement dans les systèmes de protection de l’enfance.





