Le Laboratoire de recherche en sciences de l’information et de la Communication (LARISCOM) a organisé la deuxième édition des rencontres congolaise de recherche sur le journalisme ce jeudi 8 mai 2025, un événement majeur qui a réuni des experts, des chercheurs, des journalistes et des acteurs de la société civile à Kinshasa pour discuter des enjeux contemporains du journalisme. La deuxième édition des Rencontres Congolaises de Recherche sur le Journalisme s’est concentrée sur un thème central : « L’intelligence artificielle face au journalisme : Entre méfiance et Révérence »
Des Débats Profonds sur l’IA
La conférence a permis des échanges passionnés autour de la question de savoir comment l’IA influence, modifie, voire transforme la pratique du journalisme. Les experts ont abordé des problématiques telles que la production de contenus automatisés, l’éthique de l’IA, et son utilisation dans la collecte d’informations.
Le colloque a aussi permis d’engager des discussions sur l’intégration des nouvelles technologies dans les médias, tout en préservant l’essence de la dimension humaine dans la pratique professionnelle. Les intervenants ont souligné l’importance de trouver un équilibre entre le progrès technologique et les valeurs humaines dans la communication.
Discours d’Ouverture de Pierre N’sana : Les Limitee de L’Intelligence Artificielle face aux émotions humaines
Lors de l’ouverture de l’événement, Pierre N’sana, président de LARSICOM, a souligné l’importance de reconnaître les limites de l’intelligence artificielle dans le domaine du journalisme. Il a notamment insisté sur l’impossibilité de l’IA de répondre aux dimensions émotionnelles, humaines et créatives qui sont essentielles à cette profession.
Le Journalisme Humain au Cœur du Débat
M. N’sana a rappelé que, bien que l’IA puisse apporter des outils puissants pour faciliter certaines tâches journalistiques, elle ne saurait remplacer les aspects humains du métier. Selon lui, il est crucial de maintenir la dimension émotionnelle et créative qui caractérise le journalisme authentique, un aspect que la technologie ne peut pas reproduire.
Reconnaissance des Partenaires Institutionnels
Il a également exprimé sa gratitude envers les nombreux partenaires institutionnels qui ont soutenu l’événement, notamment le ministère de la Communication, Internews, First Bank DRC SA et Wallonie-Bruxelles. Selon le président, cette collaboration a été essentielle pour la réussite de la conférence.
Un Programme Diversifié et Inclusif
Il a souligné la diversité du programme de la conférence, qui a inclus des chercheurs venus de toutes les provinces de la République Démocratique du Congo, illustrant ainsi l’importance de la collaboration nationale pour faire face aux défis de l’intelligence artificielle dans le secteur du journalisme.
Vers une Souveraineté Cognitive : L’Appel de David Thonon
David Thonon, délégué général de Wallonie-Bruxelles, a exprimé lors de la conférence son plaidoyer pour une souveraineté cognitive en Afrique, en réponse à la domination des technologies créées à l’étranger.
Au cours de son intervention, M. Thonon a dénoncé l’influence croissante des algorithmes et des systèmes technologiques développés hors du continent africain. Selon lui, cette situation pose un défi majeur pour les pays africains, en particulier dans le domaine des technologies de l’intelligence artificielle (IA), dont les usages sont souvent dictés par des acteurs extérieurs.
Un Appel aux Journalistes Congolais
Il a incité les journalistes congolais à adopter une approche plus critique face aux technologies étrangères, notamment l’IA, tout en les encourageant à développer des applications locales qui reflètent les réalités culturelles et linguistiques du continent africain.
David Thonon a souligné l’importance de développer des solutions adaptées aux besoins locaux, en mettant en avant les spécificités des langues et des cultures africaines. Il a insisté sur la nécessité de créer des alternatives technologiques en phase avec les attentes et les défis de l’Afrique.
La souveraineté cognitive est donc une question centrale pour l’avenir numérique de l’Afrique. Le défi est de ne pas se laisser submerger par les technologies créées ailleurs, mais plutôt de prendre les rênes du développement numérique sur le continent. Les journalistes, en tant que relais d’information et d’opinion, ont un rôle crucial à jouer dans cette dynamique.
L’Intelligence Artificielle : Une Révolution à Long Terme pour le Journalisme en RDC

Karim Bernard Dende, directeur pays d’Internews, a mis en lumière l’impact profond de l’intelligence artificielle (IA) sur le journalisme en RDC. Lors de son intervention, il a souligné que l’IA ne constitue pas une simple tendance technologique, mais une transformation de long terme qui nécessite une véritable adaptation des pratiques journalistiques.
Des Outils Adaptés au Contexte Congolais
M. Dende a insisté sur la nécessité pour les journalistes et les médias congolais de concevoir des outils spécifiquement adaptés à leur contexte national. Il a souligné que la diversité de l’information doit être préservée, même avec l’intégration croissante de l’IA dans la production de contenu. Cela nécessite une approche locale, capable de respecter les réalités culturelles et sociales de la RDC tout en intégrant les innovations technologiques.
Le Plan de Développement de la Filière « Culture & Médias »

Lors de cet événement, le directeur général de l’INA a mis en lumière la vision éducative du Président Félix-Antoine Tshisekedi. Il a annoncé la création d’une filière « Culture et Médias » visant à mieux préparer les professionnels aux défis technologiques contemporains, dans le cadre d’une transition numérique dans le secteur. Cette initiative s’inscrit dans un projet de modernisation et d’innovation au sein des institutions culturelles et médiatiques congolaises.
Le Ministère de la Communication et l’IA : Un Appel à la Qualité Humaine de l’Information

Lors de son allocution, le ministre de la Communication et des Médias, Patrick Muyaya, a souligné que l’Intelligence Artificielle (IA) ne doit pas appauvrir le journalisme, mais au contraire, renforcer la qualité humaine de l’information. Selon lui, l’IA, loin de remplacer les journalistes, devrait être utilisée pour améliorer la manière dont l’information est diffusée tout en conservant sa valeur humaine.
Encourager l’Innovation et la Responsabilité des Médias
Le ministre a également encouragé les chercheurs à développer des formats de communication adaptés aux jeunes générations et à renforcer le rôle des médias dans la société congolaise, qui reste fragile face à l’impact de la désinformation. Pour lui, l’IA pourrait jouer un rôle clé en fournissant aux journalistes des outils qui renforcent leur capacité à informer de manière fiable et responsable.
Une Réflexion Critique et Profonde sur l’IA
Il a également évoqué la nécessité d’une réflexion critique et approfondie sur l’usage de l’IA dans le journalisme, soulignant que son utilisation doit se faire dans le respect des valeurs éthiques, sans compromettre l’intégrité de l’information ni l’authenticité de la profession journalistique.
Il a également abordé le rôle clé du ministère de la Communication et des Médias, qui doit soutenir cette transition en encourageant l’innovation et l’adoption des technologies de manière inclusive et équitable.
L’introduction de l’IA dans les médias congolais ouvre ainsi un nouveau chapitre, mais nécessite un accompagnement pour garantir que les enjeux éthiques et l’intégrité journalistique soient respectés.
Rappelons que La deuxième édition de l’événement ARISCORP se déroulera en trois temps forts.
- Jeudi 8 mai : Discours inauguraux et table ronde La première journée a été marquée par des discours inauguraux qui ont posé les bases des discussions à venir. La table ronde a abordé les enjeux intellectuels, juridiques et éducatifs de l’intelligence artificielle (IA), un sujet de plus en plus crucial dans le contexte actuel.
- Vendredi 9 mai : La Jeunesse à l’Honneur
La deuxième journée sera consacrée aux jeunes chercheurs venus des différentes provinces de la République Démocratique du Congo (RDC). Ces derniers ont eu l’opportunité de présenter leurs travaux, mettant en lumière l’importance de l’innovation et des recherches locales dans le domaine de l’IA. - Samedi 10 mai : Clôture et Perspectives Politiques
La journée de clôture sera centrée sur les politiques publiques liées à l’IA, avec une attention particulière sur les aspects gouvernementaux et les répercussions sociales de la technologie. Une intervention clé a eu lieu, ouvrant la voie à une meilleure intégration de l’IA dans les politiques publiques du pays.





