À l’occasion du 65ᵉ anniversaire de l’indépendance de la République démocratique du Congo, le Prix Nobel de la paix Denis Mukwege a adressé une lettre ouverte au président Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo. Dans ce document, le médecin congolais dresse un bilan particulièrement critique des sept années de gouvernance du chef de l’État, qu’il accuse d’avoir aggravé l’insécurité, laissé prospérer l’impunité et conduit le pays dans ce qu’il qualifie de « crise existentielle ».
Dès les premières lignes de sa lettre, Denis Mukwege affirme ne pas être en mesure de souhaiter une bonne fête nationale aux Congolais, estimant que le pays traverse une période marquée par une profonde instabilité politique et sécuritaire. Selon lui, la République démocratique du Congo fait face à des risques de balkanisation ou d’annexion, tandis que les souffrances des populations ont atteint « le seuil de ce qui est humainement tolérable ».
Le Prix Nobel explique avoir volontairement observé une certaine réserve au début du mandat de Félix Tshisekedi afin de lui laisser l’opportunité de conduire les réformes attendues après les années du régime précédent. Il indique également avoir évité d’alimenter la polémique autour des conditions de son accession au pouvoir, privilégiant, selon lui, la stabilité du pays.
Sur le plan judiciaire, Denis Mukwege reproche au président de ne pas avoir concrétisé ses engagements en faveur de la lutte contre l’impunité. Il regrette notamment l’absence de mise en place d’un Tribunal pénal spécial chargé de juger les crimes graves documentés dans le Rapport Mapping des Nations unies, malgré les annonces faites par les autorités congolaises.
L’ancien candidat à la présidentielle critique également la gestion de l’état de siège instauré en 2021 dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri. Il estime que cette mesure exceptionnelle, prolongée à plusieurs reprises, n’a pas permis d’améliorer la sécurité des populations civiles et a été accompagnée de nombreuses atteintes aux droits humains.
Dans sa lettre, Denis Mukwege remet aussi en cause la stratégie diplomatique adoptée par Kinshasa face à la crise dans l’Est du pays. Il juge que le recours aux armées étrangères ainsi que la multiplication des initiatives régionales de médiation n’ont pas permis de mettre un terme aux violences ni de restaurer durablement la paix.
Le Prix Nobel critique par ailleurs certaines décisions diplomatiques prises durant le mandat de Félix Tshisekedi, notamment le retrait progressif de la MONUSCO et l’accord économique conclu avec le Rwanda en 2021 sur l’exploitation de certains minerais, qu’il considère comme des choix contestables au regard du contexte sécuritaire.
Face à cette situation, Denis Mukwege plaide pour une réforme en profondeur des institutions de la République, notamment de l’armée, de la police, des services de renseignement et du système judiciaire. Selon lui, ces réformes sont indispensables pour restaurer l’autorité de l’État, lutter contre l’impunité, garantir la souveraineté nationale et instaurer une paix durable.
Publiée le jour de la célébration du 65ᵉ anniversaire de l’indépendance de la RDC, cette lettre ouverte constitue l’une des critiques les plus détaillées formulées par Denis Mukwege à l’encontre de la gouvernance de Félix Tshisekedi depuis son accession à la magistrature suprême en 2019. Elle intervient dans un contexte où les questions de sécurité, de gouvernance et de réformes institutionnelles continuent d’occuper une place centrale dans le débat politique congolais.





