Soixante-cinq ans après l’assassinat de Patrice Lumumba, figure emblématique de l’indépendance de la République démocratique du Congo, la justice du Royaume de Belgique a ordonné mardi 17 mars le renvoi en procès de l’ancien diplomate belge Étienne Davignon, soupçonné de « participation à des crimes de guerre » dans le cadre des événements ayant conduit à la mort du dirigeant congolais en 1961.
Selon Agence France-Presse et le média français La Provence, cette décision marque une étape judiciaire majeure dans une affaire longtemps restée sans procès, malgré les nombreuses controverses autour des responsabilités dans cet assassinat.
La famille Lumumba et les avocats qui soutiennent sa démarche depuis le dépôt d’une plainte en 2011 à Bruxelles ont salué une « décision historique ». Cette plainte avait été introduite par les enfants de l’ancien Premier ministre congolais afin d’obtenir l’ouverture d’une procédure pénale pour établir les responsabilités.
« Nous sommes soulagés. Enfin, la Belgique regarde son histoire en face », a déclaré Mehdi Lumumba, petit-fils de l’ancien dirigeant, cité par l’AFP.
De son côté, Blandine Lumumba, épouse de François Lumumba, a estimé que « justice doit être faite », soulignant que ce crime a bouleversé non seulement une famille mais également l’histoire du pays.
La décision judiciaire reste toutefois susceptible d’appel dans un délai de quinze jours. Selon l’avocat de la famille, Christophe Marchand, un éventuel procès pourrait se tenir au plus tôt en janvier 2027.
Premier chef du gouvernement du Congo indépendant en 1960, Patrice Lumumba avait été renversé quelques mois après l’indépendance à la suite d’un coup d’État, avant d’être arrêté puis transféré dans la région sécessionniste du Katanga.
Le 17 janvier 1961, il est exécuté par des séparatistes katangais avec l’appui de mercenaires belges. Âgé de 35 ans, son corps sera ensuite dissous dans l’acide afin d’effacer toute trace.
Parmi la dizaine de responsables belges initialement visés par la plainte — fonctionnaires, policiers ou agents de renseignement — Étienne Davignon est aujourd’hui le seul encore en vie. Âgé de 93 ans, il conteste toute implication dans les faits qui lui sont reprochés.
Son avocat, Johan Verbist, a indiqué examiner l’ordonnance afin d’évaluer les chances d’un éventuel recours.
Si le procès se tient, il constituerait une première judiciaire dans cette affaire. Jusqu’à présent, aucune procédure pénale n’avait permis d’établir devant un tribunal les responsabilités individuelles dans l’assassinat de Patrice Lumumba, devenu au fil du temps une figure majeure de la lutte pour l’indépendance du Congo.





