RDC : 24 janvier 2019… le jour où Félix Tshisekedi est arrivé au pouvoir, mettant fin à 18 ans de règne de Joseph Kabila

Il y a désormais sept ans, la République démocratique du Congo vivait un moment que beaucoup jugeaient impensable. Pour la première fois depuis son indépendance en 1960, le pays connaissait une transition pacifique du pouvoir entre deux présidents élus. Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo prêtait serment comme cinquième président de la RDC, succédant à Joseph Kabila, qui quittait officiellement le pouvoir après 18 années passées à la tête de l’État.

La cérémonie, organisée au Palais de la Nation, s’est déroulée sous haute sécurité mais dans une atmosphère solennelle et chargée de symboles. Devant les institutions du pays, la communauté diplomatique et une population attentive, Joseph Kabila a remis le drapeau national à son successeur, scellant un passage de relais inédit dans l’histoire politique congolaise, longtemps marquée par les coups d’État, les assassinats politiques et les guerres civiles.

Cette investiture venait clore un long et tendu processus électoral. Le scrutin présidentiel du 30 décembre 2018, attendu après plusieurs reports et des années de crispations politiques, avait été organisé dans un climat de forte méfiance. Félix Tshisekedi, candidat de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), avait été proclamé vainqueur avec 38,5 % des voix, devant Martin Fayulu, crédité de 34,8 %, et Emmanuel Ramazani Shadary, dauphin de Joseph Kabila, avec 23,8 %.

Les résultats avaient aussitôt été contestés par Martin Fayulu et une partie de l’opposition, qui dénonçaient des irrégularités et revendiquaient la victoire. Plusieurs missions d’observation, notamment celle de l’Église catholique, avaient exprimé des réserves. Saisie, la Cour constitutionnelle avait toutefois confirmé les résultats, ouvrant la voie à l’investiture de Tshisekedi. Malgré les tensions, le pays avait évité le basculement dans la violence, renforçant la portée historique du 24 janvier 2019.

L’arrivée au pouvoir de Félix Tshisekedi marquait ainsi la fin de l’ère Kabila, commencée en 2001 après l’assassinat de Laurent-Désiré Kabila. Elle suscitait un immense espoir au sein de la population, notamment chez les partisans de l’UDPS, longtemps marginalisés, mais aussi une prudence certaine, tant le nouveau président héritait d’un appareil d’État largement contrôlé par son prédécesseur.

Car si Tshisekedi entrait au Palais de la Nation, le pouvoir réel restait en grande partie détenu par le Front commun pour le Congo (FCC), la coalition de Joseph Kabila, majoritaire à l’Assemblée nationale et au Sénat. Cette cohabitation contrainte a fortement marqué les premières années du mandat, ralentissant plusieurs réformes et donnant lieu à des tensions politiques récurrentes.

Face à cette situation, Félix Tshisekedi a progressivement engagé une recomposition du paysage politique. En 2021, la rupture avec le FCC et la création de l’« Union sacrée de la Nation » ont constitué un tournant décisif. Cette nouvelle majorité parlementaire, formée de ralliements et d’alliances hétéroclites, lui a permis de reprendre la main sur le gouvernement et de renforcer son autorité institutionnelle.

Sur le plan social, le président a lancé des réformes emblématiques, dont la gratuité de l’enseignement primaire, permettant à des millions d’enfants d’accéder à l’école, ainsi que la gratuité de la maternité dans plusieurs structures de santé publiques. Sur le plan économique, la RDC a enregistré une croissance portée par le secteur minier et par de nouveaux partenariats internationaux, tandis que l’adhésion à la Communauté d’Afrique de l’Est a ouvert le pays à une intégration régionale accrue.

Mais ces avancées se sont accompagnées de défis persistants. L’insécurité dans l’est du pays demeure l’un des principaux talons d’Achille du pouvoir, avec la résurgence de groupes armés, des déplacements massifs de populations et des tensions diplomatiques régionales. À cela s’ajoutent les difficultés liées au pouvoir d’achat, à l’inflation, au chômage et à la lutte contre la corruption, autant de chantiers encore inachevés.

Le 24 janvier 2019 demeure néanmoins une date clé de l’histoire nationale : celle où, pour la première fois, un président congolais a quitté le pouvoir sans effusion de sang, ouvrant une nouvelle page politique après 18 ans de règne de Joseph Kabila et nourrissant l’espoir, encore fragile, d’une démocratie durable en République démocratique du Congo.

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