La célébration de la Nativité du Seigneur, le 24 décembre dernier à Lubumbashi, a pris une tournure inhabituelle. Dans une homélie au ton ferme et sans concession, Monseigneur Fulgence Muteba Mugalu, archevêque de Lubumbashi et président de la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO), a publiquement dénoncé les accords miniers conclus entre la République démocratique du Congo et les États-Unis, les qualifiant de dangereux pour l’avenir du pays.
Devant une assemblée attentive, le prélat n’a pas mâché ses mots.
« Brader les minerais pour sauver un régime, c’est sacrifier toute une nation », a-t-il lancé, suscitant une vive émotion parmi les fidèles. Pour Mgr Muteba, il est « inimaginable » que les ressources naturelles, patrimoine commun de tous les Congolais, puissent être engagées ou hypothéquées pour préserver un système politique.
L’archevêque a particulièrement pointé du doigt la durée de ces accords, évoquant un engagement de 99 ans d’exploitation.
« Êtes-vous au courant qu’on a signé un accord de 99 ans ? », a-t-il interrogé, laissant planer le malaise sur les conditions de négociation et le manque de transparence autour de ces contrats.
Au-delà des chiffres, Mgr Muteba a dénoncé une logique qu’il assimile à une nouvelle forme de domination.
« Il s’agit du colonialisme économique », a-t-il affirmé, estimant que la RDC, malgré l’immensité de ses richesses minières, continue d’être traitée comme un simple réservoir de matières premières au profit de puissances étrangères.
Cette sortie intervient dans un contexte national particulièrement tendu. Alors que l’Est du pays demeure en proie à l’insécurité, que le chômage et la vie chère frappent durement les ménages, et que les attentes sociales restent immenses, la question de la gestion des ressources naturelles demeure au cœur des frustrations populaires. Pour beaucoup de Congolais, les minerais devraient être un levier de développement, et non un symbole d’injustice et de dépendance.
Le président de la CENCO a également regretté l’absence d’une véritable préoccupation pour le sort du peuple congolais dans ces choix stratégiques.
« Personne ne se préoccupe réellement de notre peuple », a-t-il déploré, appelant implicitement les dirigeants à assumer leur responsabilité historique.
Connue pour ses prises de position critiques et son engagement en faveur de la justice sociale, l’Église catholique congolaise se pose une fois de plus comme la voix des sans-voix. À travers cette homélie de Noël, Mgr Muteba n’a pas seulement livré une critique économique, mais une interpellation morale et patriotique, rappelant que les ressources du pays appartiennent d’abord aux générations présentes et futures.
En cette période symbolique de Noël, marquée par l’espérance et la quête de paix, le message de l’archevêque de Lubumbashi résonne comme un appel à la vigilance citoyenne, à la transparence dans la gouvernance et à la défense de la souveraineté nationale.
Reste désormais à savoir si cet avertissement de la CENCO sera entendu par les autorités, ou s’il viendra s’ajouter à la longue liste des cris d’alarme restés sans réponse dans l’histoire récente de la RDC.





